Montre-moi ta signature, je te dirai qui tu es

La signature existe depuis que l'écriture a pris place dans notre monde. Marque composée par un individu, qui selon les époques, évolue dans sa conception. Quand vous voyez la signature de votre ancêtre sur un acte du XVIIIème siècle par exemple, il faut prendre conscience que c'est le souvenir qu'un jour, celui-ci a pris la plume et a laissé sa trace lors d'un évènement. Malheureusement, beaucoup ne savent pas écrire...

Pour avoir une petite idée du pourcentage de ceux qui savent écrire ou pas, j'ai pris un échantillon d'actes (de ma propre généalogie) allant de 1700 à 1750 et un autre échantillon d'actes allant de 1790 à 1840. Voyez le résultat :

Tableau réalisé par l'auteur. AUTHOME P. copyrignt
Tableau réalisé par l'auteur. AUTHOME P. copyrignt

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Entre 1700 et 1750, 6 hommes sur 10 savent signer et moins de 4 femmes sur 10 savent le faire. Le niveau social, le type de métier et l'éducation jouent un rôle important sur l'apprentissage de l'écriture et de la lecture. Le niveau d'alphabétisation est aussi différent selon le lieu d'habitation : en ville, la proportion d'hommes ou de femmes sachant signer son acte de mariage est supérieur de près de 8 % dans les années 1870 à celle constatée dans les campagnes1.

Une signature peut révéler des petites informations, même sur la santé! Jetons un œil ensemble sur quelques actes...

Archives départementales de l'Aisne, Prémont, 5 Mi1420
Archives départementales de l'Aisne, Prémont, 5 Mi1420

Voici la signature de mon ancêtre ASSELIN Nicolas avec juste en dessous la marque de sa seconde épouse LEMPEREUR Marie, sur l'acte de mariage qui date de 1724 à Prémont (Aisne - France). Nicolas a 41 ans, une écriture avec un peu d'assurance mais qui reste néanmoins maladroite. Nicolas était mulquinier de profession et par conséquent peu amené à signer ou à écrire. Sa seconde épouse (Marie) ne savait pas signer. Dans ce cas, le curé indiquait la phrase "marque de ...(nom et prénom de la personne)...", et la personne faisait généralement une croix en dessous. Il arrivait parfois que la personne se laissait aller à quelques fantaisies. En voici un exemple (ci-dessous), sur l'acte de mariage de mes ancêtres DRUET - BOUTTEAU en 1722 à Berlaimont (Nord - France). Le témoin Philippe MERESSE s'est laissé aller dans la créativité de sa marque...

Archives départementales du Nord, Berlaimont, 5 Mi 004 R 004
Archives départementales du Nord, Berlaimont, 5 Mi 004 R 004

La signature suivante concerne DEPREZ Philippe Joseph, frère de mon ancêtre, qui signe sur l'acte de baptême de son premier enfant en 1759 à Spiennes (Hainaut - Belgique). Comme on peut le constater, la signature est plutôt belle, claire et régulière. Agé de 34 ans à l'époque, fils de meunier et de fermier, il devait parfois signer certains documents.

Archives de l'Etat de Belgique (Mons), paroisse de Spiennes, registre des baptêmes
Archives de l'Etat de Belgique (Mons), paroisse de Spiennes, registre des baptêmes

Son niveau social n'était pas négligeable. Futur meunier, profession de rencontres et d'échanges. On remarquera qu'il met une majuscule aux 2 lettres de ses prénoms et qu'il pose une toute petite fantaisie pour terminer la lettre "z".

Archives départementales du Nord, Pont-sur-Sambre, 5 Mi 004 R 015
Archives départementales du Nord, Pont-sur-Sambre, 5 Mi 004 R 015

La signature que nous voyons ici est celle de DRUET Michel (mon ancêtre), sabotier de profession en 1793 à Pont-sur-Sambre (Nord - France), sur l'acte de baptême de sa fille Nathalie. La signature est un peu maladroite et on constatera qu'il signe son prénom presque d'un trait. Il est âgé de 34 ans, mais le métier de sabotier est dur et la main est mise à très rude épreuve. Les lettres à boucles comme le "h", le "l" ou le "e" sont principalement des traits. Soit il a reçu une petite base d'apprentissage pour l'écriture et sa signature résulte de ses souvenirs. Soit, quelqu'un l'a aidé à apprendre à signer et il aura retenu la "forme"...

Archives de l'Etat de Belgique (Mons), commune d'Haine-St-Paul, registre des naissances
Archives de l'Etat de Belgique (Mons), commune d'Haine-St-Paul, registre des naissances

La signature de MEUNIER Polycarpe (mon arr. arr. arrière grand-oncle) donne une analyse quelque peu divisée. Elle est néanmoins aisée et régulière. Cette signature date de 1838 à Haine-St-Paul (Hainaut, Belgique), il a 36 ans et il est brasseur de profession. Mais une chose est à remarquer : l'écriture du prénom est différente de celle de son nom. L'écriture de son nom est très fluide, celle de son prénom l'est un peu moins. Voyez aussi l'inclinaison de son nom, différente de celle de son prénom. Il aura probablement dû prendre un peu plus de temps pour l'écrire. Cela doit s'expliquer du fait qu'il devait signer des documents dans son travail, càd uniquement son nom de famille.

 

A l'approche du XXème siècle , on verra de moins en moins de signatures hésitantes et maladroites. L'apprentissage et l'évolution de la société y est pour beaucoup. On peut parfois découvrir une signature qui se dégrade avec le temps. C'est parfois un indice que la santé de la personne se dégrade ou qu'elle a une maladie qui joue un rôle sur le mouvement.

En conclusion, un signature reste un témoignage dans l'histoire. Il ne faut jamais oublier qu'une signature est quelque chose de personnel, que sa conception peut être particulièrement simple comme elle peut avoir une "forme artistique" (même minime), et qu'elle reflète souvent son milieu social et professionnel.

1: Généalogie facile, collection Hachette.

Le prochain article sera consacré à une sélection d'ouvrages (livres et revues) généalogiques : Littérature pour la généalogie.

A mercredi prochain...

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Commentaires : 5
  • #1

    Fabien Larue (mercredi, 06 septembre 2017 16:59)

    Excellent billet �

  • #2

    Decarnières Stéphane (mercredi, 06 septembre 2017 17:23)

    Super intéressant comme article, qui lie : statistique, évolution et analyse, très chouette à lire et en plus instructif. Merci

  • #3

    Delarge Isabelle (jeudi, 07 septembre 2017 14:46)

    Bonjour,

    Je trouve cet article très intéressant et enrichissant ! Effectivement, on ne fait pas toujours le rapport entre l'aisance dans l'écriture et la dureté du travail par exemple mais c'est vrai que les vies de nos ancêtres devaient être nettement plus dures que les nôtres !

    En ce qui me concerne, je suis toujours émue de découvrir la signatire d'un de mes ancêtres sur un acte. Chez moi, il y a nombre de forgerons et d'armuriers et moi aussi je constate des signatures soit hésitantes soit déliées. Quoi qu'il en soit, après cet article, je vais me poser encore plus de questions sur leur mode de vie et tout ça ! :-)

  • #4

    Faugère Maria (jeudi, 07 septembre 2017 16:06)

    Merci pour ce billet très intéressant et votre approche sur la relation entre la signature et les métiers de nos ancêtres. C'est toujours très émouvant de retrouver ces traces sur des actes anciens.

  • #5

    Jérôme Ladet (samedi, 09 septembre 2017 19:26)

    Article très intéressant sur un sujet passionant. Je comprends que vos statistiques sont tirées de votre généalogie mais les taux de personnes sachant signer varient énormément également en fonction de la religion et de la zone géographique donc je pense que ces chiffres sont à prendre avec des pincettes (un futur billet ?). Bonne continuation.